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Et si on parlait de la réussite des étudiant.es en situation de handicap ?
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Du 30 avril 2026 au 31 octobre 2026false false
L'intégration et l'accompagnement des personnes en situation de handicap est une priorité de Nantes Université. Elle s'ancre dans le Schéma directeur du handicap 2024-2028, mais aussi dans la Lettre d'orientation stratégique (LOS) 2022-2026 et les Contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM) 2024-2027 des pôles. Le Pôle Sciences et technologie a inscrit dans l'axe prioritaire "Favoriser la réussite" de son CPOM, le soutien aux étudiant.es en situation de handicap. Mais derrière la stratégie institutionnelle, découvrons celles et ceux qui mettent en œuvre ces engagements.
Soucieuse d'offrir à ses étudiantes et étudiants les meilleures conditions d'études, Nantes Université s’engage à favoriser l’accès, la réussite académique et l’épanouissement des étudiantes et étudiants en situation de handicap grâce à des accompagnements personnalisés et adaptés. Mais derrière les textes, les dispositifs et les engagements institutionnels, il y a avant tout des parcours, des rencontres et des actions concrètes. Aujourd’hui, donnons la parole à deux enseignants référents handicap et à deux étudiants en situation de handicap, qui vivent et incarnent cet engagement au sein du Pôle.
Entretien avec Bruno COGNIE et Camille NAVEAU, respectivement enseignant référent handicap et étudiante en situation de handicap à l'UFR Sciences et Techniques, et François BASTIANELLI et Elliot PAGE, respectivement enseignant référent handicap et étudiant en situation de handicap à l'IUT de Nantes.
Bonjour Bruno, François, Camille et Elliot, vous avez accepté de témoigner sur l’accompagnement proposé aux étudiant.es en situation de handicap pour améliorer leur réussite. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bruno : Je suis maître de conférences à la Faculté des Sciences et des Techniques, depuis 2004, rattaché au Département Biologie, et spécialisé en biologie écologie. Je suis référent handicap pour le département Biologie depuis 2025. Mon rôle consiste à être un interlocuteur permettant de faire le lien entre l'étudiant en situation de handicap, les équipes pédagogiques du département, les services de la scolarité et le Service de Santé des Étudiants (SSE).
François : Je suis enseignant du second degré et chef du département Science et Génie des Matériaux à l’IUT de Nantes. J’enseigne dans le champ de la mécanique et ma spécialité est la conception et la fabrication des pièces en matériaux composites. Je suis référent handicap depuis 2019. Mon rôle est de coordonner les actions en faveur de l’insertion des étudiants en situation de handicap. En fonction des besoins de l’étudiant, je sollicite les acteurs de l’université qui peuvent aider à y répondre.
Camille : Je suis étudiante à l’UFR Sciences et Techniques de l’Université de Nantes, en troisième année de Licence de Biologie-Écologie.
Eliott : Je viens de la filière générale, avec options Mathématiques et Physique. J’ai obtenu mon baccalauréat en 2025 avec la mention Bien. Depuis cette année, je suis à l’IUT de Nantes, en BUT Génie Mécanique et Productique.
Bruno et François, en tant que référents handicap, quelle est votre vision de la prise en compte des étudiants en situation de handicap dans les formations ? Comment sont-ils accueillis ? Quelles actions peuvent être menées ? Quels dispositifs peuvent être mobilisés ?
Bruno : La prise en compte des étudiants en situation de handicap va en s'améliorant mais elle reste insuffisante faute de moyens. La validation de leurs besoins par le Service de Santé des Étudiants prend du temps, faute de personnel suffisant. Lors des évaluations, ils peuvent bénéficier d'aménagements d'épreuves, d'un secrétaire1, de salles particulières pour composer, etc. L'UFR travaille à la communication vers les enseignants et les étudiants pour une meilleure prise en compte de leurs besoins. Plus ceux-ci sont analysés finement plus leur prise en compte sera efficiente.
François : Les collègues m’identifient comme la personne à solliciter lorsqu’un nouveau besoin est identifié ou qu’une action ne répond pas bien au besoin. Les demandes viennent donc soit des collègues, chefs de département ou autres enseignants, soit du Service de Santé des Étudiants (SSE) via l’infirmier ou le médecin.
La première action consiste à organiser une réunion avec les personnes concernées, c’est-à-dire généralement l’étudiant.e, ses parents, le SSE (médecin et infirmier), le directeur des études et le chef de département. Cette réunion permet d’identifier les actions à mener. Cela peut être :
- La prescription d’aménagements du SSE : autorisation d’absences ou de quitter les cours, aménagement des examens (tiers-temps supplémentaire, etc.)
- Les dispositifs matériels pour les cours et les examens : salle d’examen à part, scripteur, besoins matériels, etc. Pour ce dernier point, le Relais Handicap peut éventuellement nous fournir un ordinateur avec des logiciels spécifiques ou du matériel audiovisuel que nous n’aurions pas.
- L’information des collègues, etc.
Et vous Camille et Elliot, quelle est votre vision des actions et dispositifs proposés ?
J’ai bien aimé aussi que mes besoins d'aménagement aient été identifiés et clarifiés avant le début des enseignements ; cela a permis de les adapter assez rapidement.
Bruno et François, quelle est votre perception des impacts et des résultats concrets des actions menées en faveur de l’inclusion au sein de l’établissement ? Qu’est-ce qui fonctionne bien ? Ou au contraire, qu’est-ce qui devrait être amélioré ?
Bruno : Une grande avancée a été réalisée avec la mise en place du portage des aménagements dont les étudiant.es en situation de handicap bénéficiaient avant leur entrée à l'université. Cela réduit leur stress lié à l'attente et permet une prise en charge immédiate par les équipes pédagogiques. Les étudiants solidaires et les secrétariats sont des dispositifs qui fonctionnent bien. En revanche, les moyens mis en œuvre restent globalement insuffisants. L'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite est également très perfectible.François : Lorsque la solution peut être matérielle ou n’impacte pas d’autres personnes, il n’y a pas trop de difficultés. En revanche, lorsque nous devons mobiliser plus de personnes tel qu’un surveillant supplémentaire ou un assistant (ce qui est parfois le cas pour les examens), nous sommes en difficulté. Le contrôle continu, en vigueur à l’IUT, impose un besoin de personnel récurrent et pour des périodes très courtes (2 heures). C’est actuellement notre principal souci.
Il est possible d’embaucher ponctuellement un « tuteur ». Mais, les enseignants ne peuvent faire qu’un nombre limité d’heures complémentaires et sont, pour la plupart, déjà à la limite. Les contrats des doctorants n’autorisent pas la signature d’un autre contrat rémunéré. Et les BIATSS doivent avoir la compétence disciplinaire et accepter de réduire leurs congés pour cette activité. Les étudiants ne sont pas disponibles.
Et vous Camille et Elliot, comment voyez-vous les choses ?
Camille : Les dispositifs disponibles m’ont permis d’aborder plus sereinement mes études et de me sentir plus entourée et encouragée par l’équipe pédagogique. Les aménagements mis en place pour les examens sont nécessaires et efficaces. En revanche, l’aide à la récupération de cours est compliquée et certains professeurs n’acceptent pas forcément d’y participer. La plupart du temps, nous sommes contraints de demander aux étudiants de notre promotion de nous partager leurs cours, ce qui peut être très compliqué quand on a des difficultés à s’intégrer au groupe. Le recrutement et la mise à disposition de tuteurs peuvent également être un peu compliqués. Ils reposent sur des offres relayées et payées par le Relais Handicap à l’attention d’étudiants en master. Ce qui n’aboutit pas forcément à la mise en place de cette aide et qui nous pénalise par la suite dans les matières concernées. Ces deux points sont pour moi encore à améliorer car ils peuvent être complètement inefficaces.Elliot : Je n’ai aucunement eu le sentiment d’être exclu de tout événement lié à ma formation. Ce qui fonctionne bien pour moi : la mise en place d’une réunion de pré-rentrée pour clarifier les besoins, la mise à disposition rapide d’un étudiant solidaire sérieux pour la prise de notes et la transmission des supports de cours au format numérique quand elle est rapide.
Camille et Elliot, pour conclure cet échange, quelles seraient vos propositions d’amélioration pour une meilleure intégration des étudiants en situation de handicap dans les formations ?
Camille : Je pense que des temps de sensibilisation aux différents handicaps et les problèmes associés, notamment avec les équipes pédagogiques, pourraient rendre compte des réelles difficultés que nous rencontrons. Cela pourrait très certainement nous aider dans notre formation en facilitant le contact et les échanges avec nos professeurs quand nous sommes en difficulté.Je pense que l’organisation du tutorat4 est aussi à améliorer. Je ne trouve pas acceptable de ne pas pouvoir en bénéficier alors que c’est un besoin nécessaire pour la réussite de nos études. D’autant plus que la demande pour la mise en place du tutorat est faite par le médecin rattaché à la MDPH qui nous est assigné.
Elliot : Au début de l’année, la Scolarité a imaginé mettre en place un espace dédié pour moi sur la plateforme numérique Madoc, mais très peu de professeurs l'alimentaient, et il est arrivé le même souci de besoin de rappel aux professeurs. Je pense qu’il est nécessaire de bien informer les professeurs sur la.les situation.s de handicap. J’aimerais que les professeurs soient plus « portés » vers un changement (ce n’est pas parce qu’on n’est pas habitué à faire quelque chose qu’on ne peut pas évoluer).
J’aurais aimé aussi une autre amélioration pour une meilleure prise en compte des besoins et demandes liés au handicap : la mise en place d’une sorte de tuteur et l’organisation de points réguliers pour adapter la situation.
Dans le détail, on pourrait encore améliorer l’adaptation du tiers-temps. Car pour mon type de handicap, ce n’est pas toujours de temps supplémentaire dont j’ai besoin, notamment sur des matières très techniques comme le dessin ou la CAO.
Et vous Bruno et François, quelles propositions feriez-vous ?
Bruno : Toujours aller plus loin dans l'analyse fine des besoins des étudiants concernés et une plus grande sollicitation des référents handicap pour permettre des aménagements au plus juste.François : Avoir une personne, enseignante ou de préférence BIATSS, dont l’une des missions serait l’aide aux personnes en situation de handicap et qui pourrait être mobilisée en priorité pour les créneaux d’examens.
Merci à vous tous d'avoir accepté de participer à cet échange.
Pour aller plus loin
Dans son Schéma Directeur du Handicap 2024‑2028, Nantes Université affirme une ambition forte d’inclusion, d’équité et d’ouverture sociale. Co-construit avec la communauté universitaire et ses partenaires, le schéma directeur vise à dépasser les obligations réglementaires pour promouvoir une société plus égalitaire. Il adopte une vision globale du handicap, incluant les formes invisibles, et s’engage à lutter contre les stéréotypes. La feuille de route 2024 2028 se décline en 38 objectifs structurés autour de cinq axes. Elle se décline pour les étudiant.es, mais aussi pour les personnels de Nantes Université, notamment en veillant à renforcer le maintien dans l’emploi, le recrutement et l’accompagnement des personnels dans une logique de gestion inclusive des ressources humaines.Afin de découvrir plusieurs axes de l’accompagnement des étudiant.es et personnels en situation de handicap, le Pôle consacrera plusieurs focus de son infolettre à cette thématique. A venir…
Quelques ressources
- Le Schéma Directeur du Handicap 2024-2028
- Le Relais Handicap
- Le guide aux démarches de l'UFR Sciences et techniques
- La page Santé étudiante de l'IUT de Nantes
- D'autres ressources polaires à venir
Quelques définitions
2 Le tiers-temps : temps de composition majoré. Le temps majoré est une modalité d'aménagement qui compense une perte de temps globale conformément au 2e de l'article D. 613-26 : « Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles. Toutefois, cette majoration peut être allongée, eu égard à la situation exceptionnelle du candidat, sur demande motivée du médecin et portée dans l'avis mentionné à l'article D. 613-27 ».
3 L’assistant : La mission de l'assistant doit être bornée et définie avec précision dans la décision d'aménagements d'épreuves de l'autorité compétente.
Son rôle peut consister à : reformuler une consigne ; décrire une représentation iconographique ; séquencer une consigne complexe ; expliciter un sens second ou métaphorique ; séquencer le temps ; recentrer le candidat sur sa tâche ; gérer les doubles tâches ; effectuer des adaptations techniques rendues nécessaires par les besoins du candidat.
La mission de reformulation ne permet en aucun cas à l'assistant de se substituer au candidat. L'assistant peut également assurer des missions de secrétaire.
4 Le tutorat pédagogique. Dans les situations où les cours ne peuvent être pris intégralement par l'étudiant en situation de handicap lui-même, un nombre d'heures de tutorat peut être accordé (70 heures maximum par année universitaire). Il s'agit de l'accompagnement pédagogique réalisé par des étudiants avec un niveau de licence 3 à Doctorat pour permettre de récupérer les cours et les retravailler, pour apporter une aide à la méthodologie et faciliter l'interface avec les enseignants.